Travail par forte chaleur : ce que prévoit l’employeur

Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail consacre un chapitre aux épisodes de chaleur intense. L’employeur évalue ce risque dans le document unique, fournit de l’eau fraîche, adapte les horaires et suit la vigilance canicule de Météo-France. En Corse, la vigilance se suit par département, et les saisonniers qui arrivent sans être acclimatés demandent une attention particulière.

Hygiène Mis à jour le

Le Code du travail ne fixe aucune température maximale de travail. Il prend une autre référence : depuis le 1er juillet 2025, ses articles R4463-1 et suivants s’appuient sur la vigilance canicule de Météo-France. Un épisode de chaleur intense, au sens du Code, commence à la vigilance jaune (arrêté du 27 mai 2025). À partir de là, l’employeur réévalue les risques et adapte ses mesures.

L’INRS propose aussi des repères pour agir en prévention, sans valeur de seuil réglementaire : 30 °C pour une activité sédentaire, 28 °C pour un travail physique. Un travail peut devenir dangereux en dessous, ou rester maîtrisé au-dessus, selon l’humidité, le soleil, la tenue, l’effort et l’acclimatation du salarié.

La chaleur dans le document unique

L’employeur évalue les risques liés aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur (article R4463-2). Quand l’évaluation montre un risque, il l’inscrit dans le document unique et fixe des mesures de prévention.

Pour chaque poste, l’INRS invite à regarder :

  • le travail à l’extérieur ou en intérieur, la charge physique, la durée d’exposition ;
  • l’exposition au soleil ;
  • le port d’équipements de protection individuelle ;
  • la possibilité de s’abriter, l’accès à l’eau fraîche ;
  • l’acclimatation des salariés, à surveiller pour un nouvel embauché ou au retour de congé.

Préparez aussi l’alerte. Vous définissez comment un salarié signale un malaise et comment on lui porte secours, en pensant aux salariés isolés ou éloignés. Ces consignes sont portées à la connaissance des équipes et communiquées au service de prévention et de santé au travail (article R4463-6).

Quand vous savez qu’un salarié est vulnérable à la chaleur, du fait de son âge ou de sa santé, vous adaptez les mesures avec ce même service (article R4463-5).

L’INRS conseille de prévoir le plan d’actions avant les fortes chaleurs. L’aménagement des locaux et la formation des salariés se font en amont, l’adaptation des horaires pendant les fortes chaleurs. Notre article sur la mise à jour du document unique détaille la démarche.

À retenir

Le risque chaleur s’écrit dans le document unique avant les fortes chaleurs, poste par poste, avec les mesures prévues, la procédure d’alerte en cas de malaise et l’attention portée aux salariés fragiles.

Eau, pauses, horaires

L’eau d’abord. L’employeur met de l’eau potable et fraîche à la disposition des salariés pour qu’ils se désaltèrent et se rafraîchissent (article R4225-2). Pendant un épisode de chaleur intense, il fournit une quantité suffisante et prévoit de quoi la garder au frais toute la journée, près des postes, y compris à l’extérieur (article R4463-4). Bouteilles individuelles ou point d’eau avec gobelets : la fiche officielle F39752 admet les deux.

L’article R4463-3 liste ensuite les mesures sur lesquelles l’employeur s’appuie :

  1. des procédés de travail qui exposent moins à la chaleur ;
  2. des lieux et des postes réaménagés ;
  3. des horaires adaptés pour limiter la durée et l’intensité de l’exposition, avec des temps de repos ;
  4. des moyens techniques contre le rayonnement solaire ou l’accumulation de chaleur ;
  5. plus d’eau potable fraîche, autant que nécessaire ;
  6. des équipements de travail adaptés ;
  7. des équipements de protection individuelle contre les fortes températures et le soleil ;
  8. l’information et la formation des salariés sur la conduite à tenir.

L’INRS cite des mesures d’organisation : reporter les efforts physiques, travailler aux heures les moins chaudes, faire tourner les tâches, multiplier et allonger les pauses dans un endroit frais et ombragé, éviter le travail isolé, laisser chacun adapter son rythme. La fiche F39752 ajoute le télétravail quand il est possible et des zones fraîches dans les locaux.

Le travail en extérieur

Les postes extérieurs sont aménagés pour protéger les salariés des conditions atmosphériques (article R4225-1). D’après l’INRS, les salariés les plus exposés travaillent dehors avec une charge physique : bâtiment, travaux agricoles, transport, livraison.

Sur les chantiers et dans l’agriculture, la fiche F39752 demande une vigilance renforcée. L’employeur évalue les risques et, si besoin, reporte l’activité ou décale les horaires pour éviter les heures les plus chaudes. Il met à disposition un lieu de repos abrité de la chaleur, des équipements de protection et des vêtements adaptés. Deux articles visent le bâtiment et les travaux publics :

  • les salariés disposent d’un local ou d’aménagements de chantier qui les protègent quand le temps menace leur santé (article R4534-142-1) ;
  • quand l’eau courante est impossible à installer, l’employeur fournit au moins trois litres d’eau par jour et par salarié (article R4534-143), et plus si l’effort l’exige.

Si les mesures prises ne suffisent pas, l’employeur arrête les travaux. Les mesures prévues pour les salariés s’appliquent aussi aux travailleurs indépendants et aux employeurs qui interviennent eux-mêmes sur certains chantiers.

Deux publics demandent une attention particulière, d’après la fiche F39752 et l’INRS. Un salarié de moins de 18 ans ne peut pas être affecté à des travaux qui l’exposent à une température extrême. Une salariée enceinte peut être affectée temporairement à un autre poste quand la chaleur rend le sien risqué, à l’initiative de l’employeur ou à sa demande.

Les signes à connaître

La chaleur peut provoquer des crampes, une déshydratation, un épuisement. Le risque le plus grave est le coup de chaleur, qui peut être mortel. Elle augmente aussi le risque d’accident : la vigilance baisse, les mains moites glissent, la sueur gêne la vue.

L’INRS liste les signes d’alerte du coup de chaleur : fatigue, maux de tête, soif intense, crampes, vertiges, peau sèche, somnolence, confusion, température du corps au-delà de 39 °C. C’est une urgence vitale. La conduite à tenir :

  1. alerter ou faire alerter les secours, au 15 ou au 112 ;
  2. mettre la personne à l’ombre ou au frais, si possible sous un ventilateur ;
  3. la rafraîchir avec de l’eau froide sur le corps ;
  4. lui donner à boire de l’eau fraîche, par petites quantités ;
  5. si elle perd connaissance, la mettre en position latérale de sécurité et la surveiller jusqu’à l’arrivée des secours.

Ces gestes s’apprennent en équipe. Un quart d’heure sécurité avant l’été permet de les passer en revue.

Pendant une vigilance canicule

Météo-France publie une vigilance canicule à quatre niveaux, que la fiche F39752 résume ainsi :

NiveauCe qu’il signaleCe que fait l’employeur
VertVeille saisonnièreLes mesures habituelles
JaunePic de chaleur, sur un ou deux joursIl réévalue les risques et adapte les mesures
OrangeCanicule, chaleur intense et durableIl réévalue les risques et adapte les mesures
RougeCanicule extrêmeIl réévalue les risques chaque jour

L’employeur met en œuvre les mesures prévues et les renforce si la chaleur s’intensifie (article R4463-7). En vigilance rouge, l’INRS précise que si l’évaluation montre des mesures insuffisantes, en particulier pour un travail physique par très forte chaleur, l’employeur décide l’arrêt des travaux.

Si l’activité doit s’interrompre en vigilance orange ou rouge, la fiche F39752 indique que l’entreprise peut demander l’activité partielle.

En Corse, l’été

Météo-France publie la vigilance canicule pour chaque département. Regardez celle de la Corse-du-Sud ou de la Haute-Corse selon l’endroit où vos équipes travaillent, chantiers compris.

L’Insee classe 6 des 7 zones d’emploi de l’île parmi les espaces à forte orientation touristique. Un saisonnier qui prend son poste pendant les fortes chaleurs n’est pas acclimaté, et l’INRS demande une vigilance particulière pour ces prises de poste. Notre article sur l’accueil sécurité des saisonniers fait le lien.

La zone de Ghisonaccia, en plaine orientale, est la seule de l’île marquée d’abord par l’agriculture, avec 13,8 % de ses emplois dans ce secteur selon l’Insee. L’INRS et la fiche F39752 citent les travaux agricoles parmi les activités les plus exposées.

Pour l’évaluation des risques et les actions de prévention, l’INRS rappelle que vous pouvez solliciter votre service de prévention et de santé au travail, ainsi que la Carsat (en Corse, la Carsat Sud-Est). Les interlocuteurs de chaque secteur sont sur la page Corse.

Ce que RG Prévention met en place

RG Prévention ajoute le risque chaleur à votre document unique, avec son plan d’actions (mise en conformité). Nous animons des quarts d’heure sécurité sur la chaleur et conseillons sur les équipements de protection adaptés à chaque poste (culture HSE). Pour l’ensemble de vos obligations et ce que prévoit la loi, voyez la page Vos obligations.

Rédigé par RG Prévention, conseil HSE.

Vos questions

Existe-t-il une température maximale au travail ?

Non. Le Code du travail ne fixe aucune température au-delà de laquelle il serait interdit de travailler. L’INRS donne des repères pour agir en prévention, 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique. Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail prend pour référence la vigilance canicule de Météo-France.

Un salarié peut-il arrêter le travail s’il fait trop chaud ?

Un salarié peut se retirer d’une situation dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, après avoir alerté l’employeur. L’INRS rappelle que ce droit de retrait s’applique aux seules situations de danger grave et imminent. De son côté, l’employeur fait cesser le travail s’il estime ses salariés en danger. Sur un chantier, il arrête les travaux si les mesures prises ne suffisent pas.

Que changer dans le document unique ?

Ajoutez le risque lié aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur. Notez les postes exposés au soleil ou à une source de chaleur, le port d’équipements de protection, l’accès à l’eau et à l’ombre, et l’arrivée de salariés non acclimatés. Inscrivez les mesures prévues pour chaque niveau de vigilance et la façon de donner l’alerte en cas de malaise.

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