L’arbre des causes : analyser un accident du travail
L’arbre des causes est la méthode mise au point par l’INRS pour comprendre un accident du travail et éviter qu’il se reproduise. Les étapes, déroulées sur un exemple fictif, puis l’intérêt de noter les presque-accidents et de reporter ce que l’on apprend dans le document unique.
Après un accident, la tentation est de trouver une explication rapide : il n’a pas fait attention. L’INRS part du principe inverse. Sa brochure sur la méthode l’écrit dès l’introduction : « Les accidents du travail ne résultent jamais d’une cause unique : ils sont la conséquence d’une combinaison de facteurs. » L’arbre des causes, que l’INRS développe depuis les années soixante-dix, sert à retrouver ces facteurs et à choisir les mesures qui empêchent l’accident de se reproduire.
À quoi sert l’arbre des causes
La méthode remonte au-delà du geste de la victime, jusqu’à l’organisation du travail. Selon l’INRS, elle permet de :
- chercher les facteurs d’accident au-delà de la situation de travail et du comportement de la personne ;
- passer d’une discussion sur « pourquoi l’accident ? » à une autre sur « que faire pour éviter qu’il se reproduise ? » ;
- ouvrir le choix des mesures, sans s’arrêter aux équipements de protection individuelle ni au rappel des consignes.
L’enjeu est concret. D’après les données de l’Assurance maladie, Risques professionnels, citées par l’INRS, près de la moitié des entreprises qui ont connu deux accidents en connaîtront au moins un grave, de plus de 45 jours d’arrêt, si aucune mesure spécifique n’est prise.
L’arbre des causes s’inscrit dans une démarche d’analyse en sept étapes, décrite par l’INRS : l’information de l’employeur et la déclaration de l’accident, la constitution d’un groupe d’analyse, le recueil des faits, la recherche des causes, le plan d’actions, le retour d’expérience, puis le suivi des actions. L’arbre des causes intervient à la quatrième, la recherche des causes.
Recueillir les faits, sans chercher de coupable
L’INRS distingue l’analyse d’un accident de la recherche de responsabilités, qui relève de l’enquête judiciaire. Il en fait une condition de réussite : la direction s’engage à ne pas utiliser l’arbre des causes pour désigner un responsable.
L’INRS recommande de constituer un petit groupe le plus tôt possible après l’accident. Deux ou trois personnes peuvent suffire, pourvu que l’analyse ne repose pas sur une seule personne. Le groupe recueille les informations de deux façons :
- en observant le lieu, la machine, les outils, le contexte, si possible sur place ;
- en interrogeant la victime, les témoins, l’encadrement et les collègues.
Pendant les entretiens, rappelez que le but est de comprendre, sans juger. Faites décrire le travail tel qu’il se fait d’habitude, puis ce qui était inhabituel ce jour-là.
Le groupe ne garde ensuite que des faits. Un fait est observable ou vérifiable. L’INRS écarte les interprétations, les opinions, les jugements de valeur et les « faits négatifs » du type « absence de… », qui décrivent déjà la solution.
| Interprétation à éviter | Fait à retenir |
|---|---|
| Il était pressé. | Il avait trois commandes à préparer avant 9 h. |
| Il manquait d’expérience. | Il occupait ce poste depuis quatre jours. |
| Il n’y avait pas d’escabeau. | L’escabeau de la réserve était en vitrine. |
Parmi les faits, la méthode distingue les états, habituels, et les variations, inhabituelles. Les variations guident l’analyse : l’accident peut naître d’une action inhabituelle, ou d’une combinaison inhabituelle d’actions habituelles.
Construire l’arbre
L’arbre part du dommage et remonte vers les causes, de droite à gauche ou de bas en haut. Pour chaque fait, le groupe pose deux questions :
- Qu’a-t-il fallu pour que ce fait se produise ?
- Ce fait a-t-il suffi à lui seul, ou a-t-il fallu autre chose ?
Les faits se relient de trois façons : un enchaînement (un fait en entraîne un autre), une conjonction (deux faits indépendants ont été nécessaires ensemble), une disjonction (un même fait en a entraîné deux). Par convention, un état se dessine dans un rectangle et une variation dans un cercle.
Exemple fictif : dans une boutique, une vendeuse se fait une entorse à la cheville en descendant d’une chaise, un carton de 12 kg dans les bras. Le recueil des faits donne l’arbre suivant, lu en partant du dommage.
| Fait | Type | Ce qu’il a fallu pour qu’il se produise |
|---|---|---|
| Entorse à la cheville | Dommage | Une chute en descendant de la chaise |
| Chute en descendant de la chaise | Variation | Elle est montée sur une chaise, ET elle descend les deux mains prises par le carton |
| Elle est montée sur une chaise | Variation | L’escabeau est en vitrine, ET le carton est rangé sur l’étagère du haut |
| Elle descend les deux mains prises | Variation | Le carton est rangé sur l’étagère du haut |
| L’escabeau est en vitrine | Variation | La vitrine est refaite ce jour-là, ET la boutique n’a qu’un escabeau |
| La vitrine est refaite ce jour-là | Variation | Point de départ retenu par le groupe |
| Le carton est rangé sur l’étagère du haut | État | Fait habituel, point de départ |
| La boutique n’a qu’un escabeau | État | Fait habituel, point de départ |
Le carton rangé en haut illustre la disjonction : un seul fait en entraîne deux, la montée sur la chaise et la descente les mains prises.
Choisir les mesures de prévention
Le groupe cherche une mesure pour chaque fait, quelle que soit sa place dans l’arbre, sans en écarter aucune d’emblée. La logique de l’arbre fait qu’en supprimant un seul fait, l’accident ne peut plus se produire de la même façon. Dans l’exemple, cela donne : un second escabeau, les cartons lourds rangés en bas, la vitrine préparée avec son propre matériel.
Le choix revient à l’employeur. L’INRS propose des critères pour départager les mesures :
- la mesure respecte la réglementation ;
- elle dure dans le temps (une protection amovible peut être retirée) ;
- elle s’intègre au travail quotidien sans contrainte inutile ;
- elle ne déplace pas le risque et n’en crée pas un nouveau ;
- elle peut s’appliquer à d’autres postes ;
- elle agit sur les causes profondes, en amont du dommage.
Une consigne posée tout de suite ne dispense pas d’une mesure plus durable. Le choix s’appuie sur les neuf principes généraux de prévention de l’article L4121-2 du Code du travail, qui donnent la priorité à la protection collective. Le plan d’actions se tient dans un tableau : l’action, son responsable, sa date, son état d’avancement. L’INRS juge ensuite indispensable un retour d’expérience auprès de la victime et de son équipe, puis un suivi à une fréquence fixée d’avance.
À retenir
L’analyse cherche des faits, jamais un coupable. Chaque fait reçoit une proposition de mesure, et l’employeur retient celles qui durent et agissent le plus en amont.
Les presque-accidents
L’INRS définit le presqu’accident comme un événement indésirable qui ne produit aucun dommage. Il signale un risque réel avant qu’une personne soit blessée. La démarche d’analyse peut s’y appliquer, en particulier quand ces événements se répètent.
L’INRS suggère une procédure pour les faire remonter et les enregistrer, avec un formalisme aussi léger que possible. Le même document, ou le même logiciel, peut servir pour tous les accidents, même bénins. L’article sur le registre des accidents bénins détaille ce que l’entreprise peut y noter.
Pour la progression, l’INRS propose de commencer par les accidents avec arrêt, puis d’élargir peu à peu aux accidents sans arrêt, aux incidents et aux soins. À propos des chutes de plain-pied, l’INRS note aussi que l’analyse des accidents ou presqu’accidents survenus dans l’entreprise facilite la sensibilisation des salariés. Un quart d’heure sécurité consacré à un presque-accident récent en donne l’occasion. Le service Culture HSE aide à installer cette habitude.
Mettre à jour le document unique
L’INRS est clair : l’analyse de tout accident ou incident doit contribuer à mettre à jour le document unique d’évaluation des risques professionnels. Le Code du travail prévoit d’ailleurs une mise à jour quand une information supplémentaire sur un risque parvient à l’employeur (article R4121-2).
L’INRS propose une lecture en deux cas :
- les causes trouvées ne figuraient pas dans le document unique : vous les ajoutez à l’unité de travail concernée, et à celles qui pourraient l’être ;
- elles y figuraient déjà : vous cherchez pourquoi l’accident a pu arriver malgré tout, et vous réévaluez les actions prévues.
Pensez aussi aux autres postes. Un fait exprimé de façon générale, comme « matériel modifié » ou « lieu inhabituel pour la personne », peut se retrouver ailleurs dans l’entreprise. L’INRS parle de facteur potentiel d’accident.
Pour les entreprises de moins de 50 salariés, l’INRS et l’Assurance maladie, Risques professionnels proposent un outil en ligne, « Agir suite à un accident du travail », qui aide à mettre en place des actions correctives. RG Prévention intervient en appui après un accident dans le cadre du service HSE externalisé, et le service Mise en conformité reporte les résultats dans votre document unique. L’article mettre à jour le document unique reprend les autres cas de mise à jour.
Rédigé par RG Prévention, conseil HSE.
Vos questions
Qui participe à l’analyse ?
L’INRS recommande un groupe, même réduit à deux ou trois personnes : l’analyse ne doit pas reposer sur une seule personne. Le groupe réunit au minimum l’employeur, ou la personne qu’il désigne, et un représentant du personnel. Il peut s’ouvrir à un préventeur, à l’encadrement ou à des salariés qui connaissent le terrain. La victime et son supérieur direct sont interrogés. L’INRS déconseille en revanche de les intégrer au groupe, pour éviter les biais.
Faut-il analyser un accident sans arrêt ?
L’INRS le propose. Sa brochure sur l’arbre des causes suggère de commencer par les accidents avec arrêt, puis d’étendre peu à peu l’analyse aux accidents sans arrêt, aux incidents, aux soins et aux pannes. La démarche s’applique aussi aux presqu’accidents, en particulier quand ils se répètent.
Qu’est-ce qu’un presque-accident ?
Pour l’INRS, c’est un événement indésirable qui ne produit aucun dommage. Un carton tombe à côté d’un salarié, un chariot freine à temps : personne n’est blessé, alors que le risque existe. L’INRS suggère une procédure légère pour faire remonter et enregistrer ces événements, car leur connaissance aide à améliorer la prévention.
Services liés
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Culture HSE
Des conseils sur les équipements de protection adaptés à chaque poste.
Domaines : Hygiène, sécurité, environnement
Voir le service : Culture HSE -
Mise en conformité
Création des documents qui manquent et mise à jour des autres.
Domaines : Sécurité
Voir le service : Mise en conformité -
HSE externalisé
Le suivi de vos documents et de vos échéances, sans avoir à recruter.
Domaines : Hygiène, sécurité, environnement
Voir le service : HSE externalisé
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