Intégrer les risques psychosociaux au document unique
Stress, tensions avec la clientèle, conflits dans l’équipe : ces risques s’inscrivent dans le document unique au même titre qu’une chute ou une coupure. L’INRS propose de les aborder par le travail et son organisation, avec une démarche à la portée d’une petite entreprise.
Ce que recouvrent les risques psychosociaux
L’INRS appelle risques psychosociaux (RPS) les situations de travail où l’on trouve, ensemble ou séparément :
- du stress, c’est-à-dire un déséquilibre entre les contraintes qu’une personne perçoit dans son travail et les ressources qu’elle pense avoir pour y faire face ;
- des violences internes à l’entreprise : harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés entre personnes ou entre équipes ;
- des violences externes, venues de personnes extérieures : insultes, menaces, agressions.
Ces risques naissent de l’activité elle-même, de l’organisation du travail ou des relations de travail. L’INRS cite parmi leurs effets possibles sur la santé des maladies cardio-vasculaires, des troubles musculosquelettiques, des troubles anxio-dépressifs et l’épuisement professionnel.
L’employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés (article L4121-1 du Code du travail, cité par l’INRS). Pour l’INRS, les risques psychosociaux « doivent être pris en compte au même titre que les autres risques professionnels ». Ils entrent donc dans l’évaluation des risques et dans le document unique, comme le bruit ou les chutes.
Les facteurs à regarder
L’INRS regroupe les facteurs de risques psychosociaux en six catégories, à partir des travaux d’un collège d’experts. Pour chacune, une question simple aide à regarder le travail réel de votre équipe.
| Catégorie | Ce qu’elle recouvre d’après l’INRS | Une question à se poser |
|---|---|---|
| Intensité et temps de travail | Contraintes de rythme, objectifs irréalistes ou flous, instructions contradictoires, longues journées, horaires atypiques ou imprévisibles | Les délais et les horaires annoncés sont-ils tenables ? |
| Exigences émotionnelles | Tensions avec le public, contact avec la souffrance, obligation de paraître de bonne humeur | Vos salariés font-ils face à des clients tendus ou agressifs ? |
| Manque d’autonomie | Peu de marges de manœuvre, peu de participation aux décisions, compétences peu utilisées | Chacun peut-il organiser une partie de son travail ? |
| Rapports sociaux dégradés | Relations avec les collègues et la hiérarchie, reconnaissance, perspectives, évaluation du travail | Quand un salarié est débordé, qui l’aide ? |
| Conflits de valeurs | Faire un travail jugé inutile, ne pas pouvoir faire un travail de qualité | Vos salariés ont-ils les moyens de faire un travail dont ils sont fiers ? |
| Insécurité de la situation de travail | Peur de perdre son emploi, contrat précaire, changements non maîtrisés | Les changements à venir ont-ils été expliqués ? |
D’après l’INRS, ces facteurs pèsent plus lourd quand ils durent, quand ils sont subis, quand ils s’accumulent, ou quand ils se contredisent : une forte exigence de productivité avec peu de marges de manœuvre, par exemple.
Les évaluer dans une petite entreprise
L’INRS privilégie une démarche collective, centrée sur le travail et son organisation. Vous analysez des situations de travail ; la psychologie des salariés, leur vie privée et la recherche d’un responsable restent en dehors de la démarche.
Elle suit cinq étapes, les mêmes que pour les autres risques professionnels :
- Préparer : fixer avec les salariés, ou avec le comité social et économique s’il existe, le cadre et les règles, dont la protection de la parole de chacun.
- Analyser les situations réelles : partir d’exemples concrets et de faits, et repérer aussi ce qui fonctionne bien et mérite d’être gardé.
- Décider un plan d’actions centré sur le travail.
- Le mettre en œuvre, avec des moyens et des délais.
- Suivre les actions et les ajuster.
Pour la transcription, la FAQ de l’INRS admet que l’évaluation des RPS forme, si besoin, un chapitre à part du document unique. Une condition : y indiquer les méthodes utilisées. L’unité de travail reste le cadre, comme pour les autres risques.
Pour les petites entreprises, l’INRS propose un outil en ligne, Faire le point RPS, qui aide à évaluer ces risques. La brochure ED 6403 décrit l’outil RPS-DU, conçu pour intégrer l’évaluation au document unique.
À retenir
L’évaluation se fait à l’avance, sans attendre un signal d’alerte. Si une alerte survient, l’INRS indique que son analyse peut entrer dans le document unique comme information supplémentaire, l’un des cas de mise à jour prévus par l’article R4121-2.
Des actions simples
L’INRS donne des exemples d’actions centrées sur le travail :
- adapter le travail demandé aux capacités et aux ressources des salariés ;
- organiser le travail pour le rendre stimulant ;
- définir clairement les rôles et les responsabilités de chacun ;
- associer les salariés aux changements qui toucheront leur travail ;
- mieux expliquer la stratégie de l’entreprise et réduire les incertitudes ;
- faciliter les échanges entre tous les acteurs de l’entreprise.
Une formation à la gestion du stress peut aider dans certains cas. L’INRS la juge insuffisante seule, car la prévention vise à adapter le travail à l’homme.
Exemple fictif : dans un commerce de quatre salariés, les tensions avec les clients reviennent le samedi, quand la file d’attente s’allonge et qu’une seule personne tient la caisse. Le document unique note l’unité « vente et caisse », la catégorie « exigences émotionnelles » et la situation du samedi. Les actions retenues portent sur l’organisation, avec une deuxième personne en caisse aux heures chargées et une consigne écrite sur la conduite à tenir face à un client agressif.
Sous 50 salariés, ces actions s’inscrivent dans la liste des actions de prévention du document unique. À partir de 50 salariés, elles rejoignent le programme annuel de prévention, le PAPRIPACT (article L4121-3-1).
Les interlocuteurs
Le service de prévention et de santé au travail auquel vous adhérez contribue à l’évaluation des risques, d’après le service public. Pour lancer la démarche, l’INRS cite aussi le service prévention de la Carsat : l’un comme l’autre peut proposer une information sur les RPS ou des conseils de méthode. Votre service de prévention et de santé au travail reçoit d’ailleurs le document unique à chaque mise à jour (article L4121-3-1).
Pour tout ce qui touche à la santé d’une personne, l’interlocuteur reste le service de prévention et de santé au travail et son médecin du travail. L’INRS le rappelle : en cas de situation très dégradée, la prise en charge des salariés en difficulté se fait en lien avec ce service. L’article sur la médecine du travail précise ses missions.
Le service Mise en conformité crée votre document unique ou met à jour celui qui existe. Le guide du document unique reprend la démarche complète, et la page Vos obligations rappelle ce que prévoit la loi.
Rédigé par RG Prévention, conseil HSE.
Vos questions
Les risques psychosociaux doivent-ils figurer dans le document unique ?
Oui. L’employeur évalue les risques pour la santé physique et mentale des salariés, et l’INRS rappelle que les risques psychosociaux se traitent au même titre que les autres risques professionnels. Leur évaluation peut former un chapitre à part du document unique, à condition d’y indiquer la méthode utilisée.
Faut-il un questionnaire ?
L’INRS présente le questionnaire comme un outil possible parmi d’autres. Il doit dans tous les cas être complété par d’autres méthodes : entretiens, observation du travail, analyse des documents. Dans une petite entreprise, l’outil en ligne Faire le point RPS de l’INRS aide à mener l’évaluation. Ses questions forment un guide d’entretien à mener avec un collectif de travail.
Faut-il noter l’absentéisme dans le document unique ?
Non, d’après l’INRS. L’absentéisme, le turnover ou la hausse des accidents servent en amont, à repérer les unités de travail où regarder d’abord, puis en aval, à mesurer l’effet des actions. Le document unique, lui, décrit les facteurs de risque dans les situations de travail et les actions décidées.
Services liés
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Création des documents qui manquent et mise à jour des autres.
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Voir le service : Mise en conformité -
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Des conseils sur les équipements de protection adaptés à chaque poste.
Domaines : Hygiène, sécurité, environnement
Voir le service : Culture HSE
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