Accidents du travail en Corse : ce que disent les chiffres 2023
En 2023, les salariés du régime général ont connu 2 942 accidents du travail avec arrêt en Corse, d’après la DREETS de Corse. Secteurs, circonstances, ancienneté, trajets : les chiffres de l’étude, et pour chacun ce qu’une petite entreprise peut mettre en place.
La DREETS de Corse, direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, a publié une étude sur les accidents du travail et les maladies professionnelles dans l’île en 2023. Elle s’appuie sur les données de la Carsat Sud-Est pour les salariés du régime général et sur celles de la MSA de Corse pour le régime agricole. La DREETS la destine à tous, entreprises comprises, « pour agir au plus près des réalités du territoire insulaire ». Tous les chiffres de cet article en sont tirés.
Les chiffres de l’année 2023
Les salariés du régime général ont connu 2 942 accidents du travail avec arrêt en Corse en 2023 : 1 524 en Haute-Corse et 1 418 en Corse-du-Sud.
Le nombre baisse. Par rapport à 2019, il recule de 11,4 % dans la région, alors que l’emploi salarié a progressé de 7,3 % sur la même période. La baisse atteint 20,0 % en Corse-du-Sud et 1,4 % en Haute-Corse. Trois décès liés à un accident du travail ont été recensés en 2023, le plus bas niveau depuis 2019 en dehors de 2020, année de la crise sanitaire.
Les arrêts, en revanche, durent plus longtemps. Les accidents de 2023 ont représenté 366 831 jours d’arrêt, soit 10,8 % de plus qu’en 2019. Un arrêt dure en moyenne 125 jours, 25 de plus qu’en 2019.
| Indicateur 2023 | Corse | France |
|---|---|---|
| Accidents du travail avec arrêt | 2 942 | 555 803 |
| Indice de fréquence (accidents pour 1 000 salariés) | 30,8 | 26,8 |
| Taux de gravité | 2,4 | 1,5 |
| Durée moyenne d’un arrêt | 125 jours | 92 jours |
L’indice de fréquence corse a perdu 6,5 points depuis 2019, où il était de 37,3. Le taux de gravité mesure les journées de travail perdues pour mille heures travaillées : il exprime la gravité des accidents par la durée des arrêts.
Côté agricole, la MSA de Corse compte 200 accidents du travail avec arrêt en 2023, un chiffre stable depuis 2019. Le secteur des aides à domicile en regroupe la moitié.
Les secteurs les plus touchés
Trois grands secteurs totalisent les deux tiers des accidents avec arrêt du régime général :
| Secteur | Accidents avec arrêt | Part |
|---|---|---|
| Bâtiment et travaux publics | 731 | 24,8 % |
| Services, commerces et industries de l’alimentation | 689 | 23,4 % |
| Transports, eau, gaz, électricité, livre et communication | 522 | 17,7 % |
Le BTP enregistre un accident avec arrêt sur quatre. Son indice de fréquence atteint 51,4 et son taux de gravité 4,3, près du double de la moyenne régionale. En France, le BTP ne représente que 13,8 % des accidents avec arrêt. Les transports affichent aussi un indice élevé, à 42,1.
Le détail par activité fait ressortir cinq activités qui réunissent à elles seules 22,5 % des accidents avec arrêt : la maçonnerie générale et le gros œuvre (269 accidents), l’hôtellerie (109), les hypermarchés (98), la restauration traditionnelle (96) et les activités hospitalières (91). Dans l’hôtellerie et la restauration traditionnelle, les accidents sont nombreux et moins graves que la moyenne : taux de gravité de 1,8 et 1,5, contre 2,4 pour l’ensemble de la région.
Le BTP, l’hôtellerie et la restauration ont chacun leur article : le document unique dans le BTP et le document unique d’un restaurant ou d’un hôtel.
Les circonstances : manutention manuelle, chutes
La manutention manuelle arrive loin devant. En 2023, 45,7 % des accidents ayant entraîné au moins 4 jours d’arrêt sont liés à un incident survenu pendant une manutention manuelle. Les chutes représentent un tiers de ces arrêts : 16,9 % de plain-pied, 15,6 % de hauteur. L’outillage à main suit, avec 5,8 %.
Côté blessures, le tronc (dos, vertèbres, poitrine, abdomen) est la zone la plus touchée, avec 23,4 % des lésions.
Pour la manutention, le Code du travail donne un ordre clair. L’employeur cherche d’abord à éviter le port de charges par une autre organisation ou des équipements mécaniques (article R4541-3). Quand il ne peut pas l’éviter, il met à disposition des aides mécaniques ou, à défaut, des accessoires de préhension (article R4541-5). Les salariés concernés reçoivent une formation pratique aux gestes et postures (article R4541-8).
Pour les chutes de plain-pied, l’INRS conseille d’agir sur plusieurs points à la fois : supprimer l’encombrement des sols, nettoyer les sols souvent, baliser ce qui se renverse en attendant le nettoyage, poser des revêtements antidérapants dans les zones grasses ou humides, éclairer les passages. Pour les chutes de hauteur, il rappelle que des chutes d’échelles et d’escabeaux provoquent chaque année de nombreux accidents du travail. La protection collective passe avant la protection individuelle : c’est l’un des neuf principes généraux de prévention (article L4121-2).
Les premiers mois en poste
Parmi les accidents avec arrêt de 2023 dont la date d’embauche est connue, plus de la moitié touchent des salariés de moins de 3 ans d’ancienneté. Près d’un quart concernent des salariés embauchés dans l’année : 581 accidents, soit 22,7 %.
Le constat rejoint les chiffres nationaux. Selon l’Assurance maladie, citée par l’INRS, l’indice de fréquence des accidents du travail est multiplié par deux à trois pendant le premier mois d’embauche et revient à la normale au bout d’un an.
La loi prévoit une réponse précise. L’employeur organise une formation pratique et appropriée à la sécurité pour chaque salarié qu’il embauche, pour les intérimaires et pour ceux qui changent de poste ou de technique (article L4141-2). La démarche proposée par l’INRS repose sur une personne désignée pour accueillir le nouvel embauché, tuteur ou accueillant. Un livret d’accueil sécurité aide à ne rien oublier : le service Culture HSE le prépare avec vous. L’article sur l’accueil sécurité des nouveaux embauchés détaille la démarche, et celui sur les saisonniers l’adapte aux contrats saisonniers.
Les accidents de trajet et les maladies professionnelles
Les accidents de trajet baissent : 402 en 2023, contre 497 en 2019, soit 19,1 % de moins. Comme en 2019, aucun accident de trajet mortel n’a été recensé en Corse en 2023. La Corse-du-Sud en concentre près de six sur dix. La DREETS relève que le nettoyage, la propreté et les services à la personne figurent parmi les secteurs les plus touchés, avec des déplacements fréquents et parfois à des horaires atypiques. L’INRS distingue ces trajets entre domicile et travail des déplacements faits pendant le travail. Ces derniers sont un acte de travail : l’entreprise les évalue et les inscrit dans son document unique, comme les autres risques.
Le nombre de maladies professionnelles reste presque stable : 183 reconnues en 2023, dont 116 en Corse-du-Sud et 67 en Haute-Corse, soit 1,7 % de plus qu’en 2019. Les incapacités permanentes liées à ces maladies augmentent de 14,1 %. Les troubles musculosquelettiques (TMS) en représentent 94,0 %. Quatre maladies sur cinq sont des affections périarticulaires, autour des articulations, provoquées par certains gestes et postures de travail. Les affections chroniques du bas du dos (rachis lombaire) dues à la manutention de charges lourdes comptent pour 11,5 %. En France, les TMS représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues, selon l’INRS.
À retenir
En Corse, la manutention manuelle, les chutes et les premiers mois en poste concentrent une grande part des accidents. Ce sont trois points qu’une petite entreprise peut traiter dans son document unique et à l’accueil de chaque salarié.
Ce qu’une petite entreprise peut faire
Ces chiffres décrivent l’île entière. Ils donnent aussi des pistes concrètes pour votre propre prévention :
- Relire votre document unique avec ces chiffres en tête. Pour apprécier les risques, l’INRS cite le nombre d’accidents du secteur parmi les critères possibles. Les postes où l’on porte des charges, où l’on monte sur une échelle ou un escabeau, où l’on circule sur un sol mouillé méritent une ligne chacun.
- Chercher l’aide mécanique avant la consigne. Un diable, un chariot ou un accessoire de préhension réduit l’effort à la source, ce que demande le Code du travail.
- Soigner les premières semaines. Formez chaque nouvel arrivant à son poste, avec une personne désignée pour l’accueillir et un livret remis le premier jour.
- Analyser chaque accident. Une information nouvelle sur un risque impose de mettre à jour le document unique (article R4121-2), et l’INRS compte la survenue d’un accident parmi ce que la mise à jour prend en compte. La méthode de l’arbre des causes aide à remonter aux causes.
RG Prévention intervient dans toute la Corse, d’Ajaccio à Bastia. Le service Mise en conformité crée ou met à jour votre document unique et votre plan d’actions. La page Conseil HSE en Corse présente nos interventions et les organismes de l’île utiles à votre entreprise.
Rédigé par RG Prévention, conseil HSE.
Vos questions
D’où viennent ces chiffres ?
De l’étude de la DREETS de Corse sur les accidents du travail et les maladies professionnelles en Corse en 2023. Les données du régime général viennent de la Carsat Sud-Est, celles du régime agricole de la MSA de Corse. Les chiffres datent d’avril 2025. Ils ne comptent que les sinistres reconnus qui ont donné lieu à un versement, l’année de ce premier versement.
La Corse a-t-elle plus d’accidents que le reste de la France ?
Rapporté au nombre de salariés, oui. En 2023, l’indice de fréquence était de 30,8 accidents avec arrêt pour 1 000 salariés en Corse, contre 26,8 en France. Il baisse depuis 2019, où il atteignait 37,3 en Corse. Le BTP pèse aussi plus lourd dans les accidents de l’île : 24,8 % des accidents avec arrêt, contre 13,8 % en France.
Que prépare la DREETS pour la suite ?
L’étude sert de diagnostic pour le prochain Plan régional de santé au travail (PRST), en 2026. La DREETS la présente comme un document d’aide à la décision, à la disposition de tous : institutions, entreprises, partenaires sociaux et acteurs de la prévention.
Services liés
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Mise en conformité
Création des documents qui manquent et mise à jour des autres.
Domaines : Sécurité
Voir le service : Mise en conformité -
Culture HSE
Des conseils sur les équipements de protection adaptés à chaque poste.
Domaines : Hygiène, sécurité, environnement
Voir le service : Culture HSE
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